La campagne annuelle de mesure de la zone hypoxique dans le golfe du Mexique a donné cette année des résultats nettement plus faibles qu’attendu. Au fond marin, on a détecté environ 1 332 miles carrés d’eau pauvre en oxygène — soit environ 3 450 kilomètres carrés — ce qui figure parmi les deux valeurs les plus basses enregistrées depuis quatre décennies.
Selon les équipes en charge des relevés, le passage de la tempête tropicale Bertha sur le nord du golfe a précédé la campagne. Le vent et les vagues ont brassé de l’eau de surface riche en oxygène vers des couches plus profondes, augmentant provisoirement les teneurs en oxygène près du fond. La mesure réalisée fin juillet a donc enregistré des teneurs en oxygène proches du fond nettement supérieures à ce qu’elles auraient été en l’absence de l’événement cyclonique.
Campagne de mesure et méthode
La collecte des données s’est déroulée du 24 au 30 juillet le long d’une grille d’échantillonnage prédéfinie. Un dispositif CTD (conductivité, température, profondeur) équipé de sondes à oxygène a été descendu à plusieurs reprises dans la colonne d’eau. Cette méthode standardisée permet des comparaisons directes avec les séries de mesures des quelque 40 dernières années.
Pourquoi se forment des « zones mortes »
L’hypoxie survient lorsque l’oxygène dissous dans les eaux de fond chute fortement. Les principaux facteurs sont des apports élevés en nutriments — surtout l’azote et le phosphore provenant de l’agriculture, des eaux usées et des cours d’eau — et une forte stratification de la colonne d’eau. Les nutriments favorisent les efflorescences d’algues ; la matière organique qui meurt coule vers le fond et est dégradée par des microbes, processus qui consomme de l’oxygène. Parallèlement, une stratification marquée — souvent due à de l’eau de surface douce et plus chaude provenant de grands fleuves comme le Mississippi et l’Atchafalaya reposant sur des eaux plus froides et salées en profondeur — limite les échanges verticaux.
Les tempêtes comme impulsion à court terme
Les épisodes cycloniques rompent la stratification et poussent l’oxygène vers les couches profondes. Cela réduit temporairement les superficies hypoxiques — comme observé cette année après Bertha. Un coup de vent isolé ne supprime toutefois pas durablement les causes sous-jacentes.
Conséquences écologiques et économiques
Les zones hypoxiques affectent surtout les espèces vivant au fond : poissons benthiques, crustacés et mollusques perdent des habitats ou sont contraints de s’en éloigner ; les pêcheries locales subissent des risques pour les rendements et la planification. Les rémissions temporaires liées aux tempêtes modifient peu les pressions structurelles pesant sur le benthos et les juvéniles de poissons.
Implications pour les décideurs et la gestion
La mesure met en évidence l’importance des événements météorologiques dans la modulation annuelle de l’hypoxie. Des superficies réduites lors d’années à forte activité cyclonique ne signifient pas un assouplissement durable du problème. À long terme, la réduction des charges en nutriments demeure essentielle — par exemple via une gestion adaptée des engrais, un traitement amélioré des eaux usées et des changements d’usage des terres dans le bassin versant.
Continuité du suivi
Un suivi continu est indispensable pour distinguer les effets météo à court terme des tendances à long terme. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra évaluer de manière robuste l’efficacité des mesures, l’évolution des schémas de précipitations et les futurs brassages induits par les tempêtes — pour les communautés côtières, les pêcheries et la conservation de la nature.
NOAA
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